Polémique : quelles conséquences au bonus REP ?

Cette année encore, les règles du jeu AFFELNET ont été modifiées au dernier moment, fin mars. Avant tout, on peut s’interroger sur la validité de ce système qui consiste à fixer les règles du jeu 2017-2018 de l’année à la toute fin mars 2018, à un moment où le calendrier (voir la fiche « Affelnet : Le calendrier ») est très contraint.

Un nouveau bonus : le bonus REP

Le Rectorat de Paris a décidé de donner automatiquement un bonus aux élèves de 3emes scolarisés depuis 4 ans dans un collège classé en Réseau d’Education Prioritaire (REP) (vous trouverez plus bas dans le dossier la « Fiche : les collèges parisiens en REP/REP+ en 2018 »). L’affectation en collège se faisant sur la base de la carte scolaire, c’est à dire du lieu de résidence, cela revient à donner un bonus aux enfants en fonction du lieu où habitent leurs parents

Ce nouveau bonus est le nième tâtonnement du Rectorat qui s’entête, pour essayer de mettre en avant la mixité sociale, à tester des solutions finalement de plus en plus inégalitaires. Si les précédentes modifications tendaient au moins à corriger quelques défauts parmi les plus criants (le bonus boursier, par exemple, un est vrai plus en termes de mixité sociale), l’introduction d’un nouveau « Bonus REP » est bien une décision étrange. De plus, ce bonus n’aura aucun impact sur les familles qui ont déjà mis leur enfant dans le privé ou envisage de le faire à la prochaine rentrée.

En tout cas, dans le district Est, du fait de ses spécificités, cela portera  le taux d’élèves avec bonus à un peu plus de 50% : il y aura donc moins de 50% des élèves sans bonus.

Les conséquences que nous craignons

Clairement, pour nous qui avons l’expérience d’Affelnet depuis que nous nous occupons d’associations de parents d’élèves, nous voyons au moins cinq conséquences se profiler :

Tout d’abord, le taux des insatisfaits va croître.

Il ne sert à rien de se gargariser d’un taux de 1er vœux satisfaits à Paris de plus de 60% : comme le « bonus boursier » garantit quasiment d’avoir son premier vœu, avec 30% de boursiers sur Paris, on aura forcément au moins 30% de 1er vœux satisfaits… Le taux de vœux satisfaits en fait ne représente pas grand-chose. Il serait bien plus intéressant de s’intéresser au taux des insatisfaits : ceux qui n’ont que leur 6ème, 7ème ou 8ème vœu, ces vœux que l’on met « pour assurer » … Cette année, les populations de « boursiers », « élèves REP » et « élèves Rien » étant clairement différenciées, c’est près de 50% qui risque de se retrouver dans ce cas !!!!

Ensuite, le taux des non affectés va croître.

L’année dernière (2016-2017), 224 collégiens n’avaient pas obtenu de place en lycée dans l’académie de Paris à l’issue de la première vague d’affectation en seconde générale et technologique, début juillet 2017.Le rectorat faisait alors remarque que ce chiffre était stable par rapport aux années précédentes.

Pour cette année, nous estimons que ce nombre va grandement augmenter, principalement dans le District Est.

La perte de confiance

Les parents qui mettent depuis toujours leurs enfants dans le public dans leur collège de quartier – quand ce n’est pas un de ces collèges avec bonus REP – ne peuvent qu’être interpellés par une mesure qui pénalise leur enfant, alors que ladite mesure a pour finalité de viser les parents qui mettent leur enfant dans le privé. Quel message veut-on que les parents qui soutiennent le public en tirent ? Quelle perte de confiance vis-à-vis de l’institution – qui met en place cette mesure injuste et rétroactive – cette mesure va-t-elle induire ?

La fuite vers le privé.

Pour ces parents, généralement issus des quartiers qui ne sont pas en REP, la solution dont nous, responsables locaux d’associations de parents de d’élèves, entendons parler, c’est l’inscription en lycée privé. Ce faisant, nous aurons un système encore plus inégalitaire, avec les élèves de parents aisés dans des lycées privés de bon niveau, alors que ceux qui ne pourront pas se payer cet enseignement seront cantonnés dans les lycées publics dont le niveau baissera.

Le rattrapage des lycées en première.

Il ne sert à rien de se le cacher, l’offre des lycées à Paris est aussi une offre de niveau. Les proviseurs des lycées de meilleurs niveau, face à cette afflux d’élèves y entrant grâce à des bonus, ont tous la même « technique » correctrice pour garantir leur sacro-saint niveau de bacheliers : réorienter en première. C’est pour cela que l’année dernière, plus de 25% des élèves ont changé d’établissement pour entrer en première ! Nous craignons une augmentation de ce taux qui est bien la preuve du dysfonctionnement du système Affelnet.